Le merveilleux monde des boulaneiges

100% bon goût

Décembre 2002

Le cas Boulet

"Les boules, tout de suite, ça rapproche"

Au risque de ne point paraître très original, il est tout de même des noms qui laissent pantois. On ne peut s’empêcher de penser qu’à une lettre près, l’immersion boulaneigistique était parfaite. Mais c’était sans compter sur les amis de Séverine qui ont fait foi de rectifier cette injustice orthographique : on doit donc dire Madame La Boule quand on est bien élevé. Ce qui est notre cas, nous interdisant, de fait, de préciser qu’elle a 29 ans.
Professeur des écoles et directrice de maternelle à Toulouse-con, il faut programmer d’un septennat la machine à remonter les souvenirs pour atteindre le Jour de la Rencontre, qui donnera naissance à une grande histoire d’amour.

La première fois

"Je croyais avoir tout vécu : la collection de gommes fantaisies à 7 ans, de sucres à 12, de boîtes d’allumettes à 15... Jusqu’à cette date de février 1995 : un ami m’apprend qu’il part à la capitale et me demande ce que je voudrais qu’il me rapporte. En plaisantant, je lui réponds une boule à neige. Il m’a prise au mot et m’a offert ce qui devait être la première pièce de ma collection. Rien de très original, certes : une grande boule avec une Tour Eiffel".

"L'idée de la collection m'a séduite car du nombre vient la beauté".

"C’est ainsi que, émerveillée devant tant de grâce, j’ai vu mon enfance défiler, et mes souvenirs de vacances : le collier de coquillages, l’assiette peinte, le baromètre grenouille à paillettes..."
Aucun doute possible devant une telle précocité : Séverine est dotée d’un sens inné du bon goût. Et un don, par définition, cela ne s’explique pas, ça se cultive.
"Sur le moment, je ne pensais pas forcément aller plus loin, mais cette boule a trôné quelques temps sur la télé, et mes copains n’ont rien trouvé de mieux que de m’en rapporter".
La collection grandit doucement mais sûrement, tout comme l’inquiétude de la famille qui n’y voit que des ramasse-poussière ! Aux grands... mots les grands remèdes : rien de telle que la patience pour lutter contre l’incompréhension. Dame Nature est donc priée par Dame Boule de faire œuvre, aidée dans sa tâche par l’inoffensif mais redoutable virus de la chionosphérophilie, notamment réputé pour sa contagiosité.
Les effets sont spectaculaires : "Finalement, je crois bien que c’est ma maman qui me rapporte le plus de boules. Avec ses copines de marche, elles se sentent investies d’une mission à chaque fois qu’elles partent faire une nouvelle randonnée. La tradition veut que ma mère déniche LE magasin de souvenirs du coin. Quant à ma sœur, elle y met beaucoup de bonne volonté mais ses périples à Zanzibar ou au fin fond de l’Inde ne sont guère propices à l’acquisition de boules. Elle ne pourrait pas aller à Narbonne-Plage comme tout le monde ?" Certes...

Les fruits de la passion

Du haut de ses 863 boulaneiges, Séverine n’en reste pas moins très stricte sur ses choix et préférences : "Je n’aime pas les babioles du genre petit animal cucu-la-praline ni les fausses boules au liquide fluo".
Les pièces dont elle raffole sont celles faites en l’honneur d’une ville ou d’un pays. Mais attention, là encore, la sélection est sévère : "Il faut que le nom soit écrit à l’intérieur de la boule ou gravé sur le socle. Pas d’inscription au feutre, horreur ! Tricherie !"

Cette attirance particulière pour ces modèles est aussi, voire surtout, sentimentale : "C’est un lieu, le souvenir des bons moments que l’on y a passés. Quand les gens m’offrent des boules, c’est un peu d’eux-mêmes qu’ils me donnent, une partie de leur propre souvenir, c’est le symbole de leur amitié. En vacances, ils ont pensé à moi à un moment précis.
Et puis il faut un certain courage pour acheter une boulaneige ! Moi-même, au début, je les faisais emballer. Maintenant j’assume. Lorsqu’on me demande si je veux un paquet cadeau, je réponds fièrement : non, c’est pour moi !"
Enfin, son petit péché mignon : les boules publicitaires et événementielles (passage à l’an 2000, éclipse solaire, venue du Pape à Paris...), du fait de leurs tirages limités en nombre et dans le temps.

Les dessous de l’étagère

863 / (12x7) = 10,27 et des flocons. Dix boules par mois, ça laisse rêveur ! Il faut pourtant bien avoir les pieds sur terre pour atteindre une telle moyenne : "La chionosphéro-machin, c’est presque un boulot à temps plein"... ou un sacerdoce.
Séverine use donc de toutes les ficelles du métier pour enrichir sa collection. Son arme fatale : le doublon. Sa stratégie : l’échange.

"Je tiens une liste de toutes mes boules avec description de la pièce, date et lieu d'acquisition ou personne me l'ayant offerte".

Cette technique imparable a également d’autres avantages : "J’ai des copains aux États-Unis, au Canada, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique... en Italie où une collectionneuse de 70 ans m’envoie toujours des merveilles genre Madone, crucifix, modèle avec socle en coquillages".
Et pour ce qui est d’alimenter la machine, tous les chemins mènent à une boule, surtout lors de ses périples d’où elle ramène de nombreux spécimens (en plusieurs exemplaires of course). C’est aussi une inconditionnelle des vide-greniers qui permettent "de dénicher des pièces sympas à des prix dérisoires".
Serviable, elle se dévoue volontiers pour débarrasser les boutiques de leurs boules Père Noël dès la fête passée. Les soldes sont également une période propice pour faire des bonnes affaires, tout comme les pièces d’exposition qui sont bradées pour cause de défauts (souvent infimes).

"Mon rêve est de visiter un site de fabrication et de repartir avec des pièces rares ou ayant des défauts".

En revanche, les produits dérivés attirent nettement moins son attention, bien qu’elle avoue garder tous ceux qu’elle trouve : posters, cartes postales, ronds de serviettes...
Passionnée, oui, mais pas à n’importe qu’elle prix ! Quoi que... "Même si je suis dans le rouge côté finances, je ne peux pas me résoudre à abandonner sur place une pièce rare".
Et Dieu sait que l’intérêt des banquiers en matière de boules est inversement proportionnel à celui du blé ! (ça veut rien dire mais c’est beau non ?)

La boul’attitude

L’art du bon goût étant rarement apprécié à sa juste valeur, le chionosphérophile, loin de ses bases, est bien souvent obligé de rentrer en clandestinité. En dehors d’une quelconque réunion de club de pétanque, il faut admettre que c’est difficile d’annoncer fièrement : moi mon truc c’est les boules !
Loin d’être un sujet tabou pour Séverine, elle n’en reste pas moins relativement discrète, ou plutôt prudente : "Au début, je tâte le terrain, puis je lâche le morceau si je pense que cela sera compris".

Mais il est des circonstances qui ne laissent pas ce choix ! Dans ce cas, c’est montée directe d’adrénaline et bouffées de chaleurs garanties. Heureusement, ces angoissantes petites parcelles de vie laissent souvent, au final, de croustillantes anecdotes : "J’ai changé d’école en septembre et, en tant que nouvelle directrice, je ne pouvais dévoiler mon secret pour rester crédible. Au terme d’une réunion très formelle avec la responsable des affaires scolaires à la mairie, celle-ci m’annonce qu’elle a vu l’article que le journal local avait publié sur ma collection durant l’été.
Là, sueurs froides, je me dis c’est foutu, elle me prend pour une attardée. Et bien, retournement de situation : cette dame m’apprend qu’elle est aussi collectionneuse et m’offre une magnifique boule de Corse, souvenir de ses dernières vacances !"
Et puis il y a les périodes fastes, plus communément appelées mode ou tendance, qui permettent aux collectionneurs et à leurs chefs-d’œuvre de s’exposer enfin au grand jour. Les médias s’emparent du phénomène (qu’ils ont souvent eux-mêmes lancé) et s’arrachent les petites boules.
Bien qu’il y en ait largement pour tout le monde, la course effrénée s’engage : moi d’abord, moi d’abord, moi d’abord. Surtout à la télé où on est premier ou on n’est pas ! Séverine en a fait l’amère expérience en décembre 2001 : "Contactée pour une émission qui voulait faire un sujet sur les boules à neige, j’avais sélectionné et emballé mes plus beaux modèles. La veille de l’enregistrement, tout a été annulé : la chaîne concurrente venait de diffuser un reportage sur ce thème".
Seule consolation à tirer de ce qui aurait pu être une belle aventure : il y aura quand même eu un peu de bon goût sur le petit écran ! Et tout cela grâce aux boulaneiges !

Chère Séverine, la rédaction au grand complet vous remercie chaleureusement pour cette énième participation.

Le Top Boules

La plus chouchoutée : la boule (à neige) de mon chéri ! Il me l’a offerte pour la Saint-Valentin, et en plus c’était la centième.


La plus magique : lorsqu’on retourne la chose, on remarque sous le socle un mécanisme. Une pile et hop, la merveille s’illumine.


La plus immonde : c’est une pièce qui représente pour moi l’intérêt premier de la collection : le côté kitsch dans toute sa splendeur !